©Marie-Eve Larivière

December 9, 2017

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Pas assez hypster

December 9, 2017

 

 

Friperie un peu crado. Les néons te donnent un air blafard. Cernes de  chaise de dentiste. Déambulant entre les présentoirs de guenilles, frôlant les vêtements du bout des doigts, tu tentes d’oublier la couche de crasse. C’est la saleté de ces saletés de fringues qui te colle à la peau. Une dépendance affective sous les ongles.

 

Pourtant, au centre de cet amas de couleurs terres parsemées de glitter, tu te sens bien.

Pas bien comme dans : tu sors de ton massage mensuel ou de ton facial annuel.

Bien comme dans le vagin de ta mère, mais avec des posters de Bowie.

 

La musique crachée par le grattement cahoteux d’une aiguille usée sur le vieux vinyle des Ramones te transporte. Les lattes du plancher en bois dégarni craquent avec une cadence stylish. Odeurs musquées qui te piquent la narine. Pas lents et assurés.

C’est sec et pourtant le bout de ton pif est humide, une petite morve chatouillante te persécute les trous de nez.

 

Quand ton regard ose se porter sur des êtres vivants, peu nombreux, mais o combien iconoclastes, ton cœur frémi. Oui, EUX, tous de la même caste, celle à laquelle tu souhaites appartenir.

Les hipsters.

 

T’avances vers un rack de chemises avec ‘’foule’’ brun et tu salives comme une fifille devant un brownie aux pacanes. L’être humain planté juste à côté de toi, lui là,  est tellement… tellement subjuguant. Mais où a-t-il eu l’idée titanesque de se tailler une moustache comme Salvador pour se tailler une place au soleil ? Bas rouges avec des culottes à bretelles de film d’époque. Chandail beige vraiment serré. Menoum !

 

Et cette fille ou ce gars, on n’est pas sûr… putain la réussite ! Avec sa coupe de cheveux sortie tout droit du cosmos. C’est aérodynamique et négligé, c’est un casque?

C’est du poil, c’est fantasmagorillle! Sa camisole rayée, avec ses shorts en forme de poches à patates. Grand-maman aurait adoré.

 

Et lui là-bas, noeud papillon, tatous sur le bras, ancre à bateau, chemise à carreaux et souliers pointus. Probablement un DJ végétalien sans gluten. Craquant à se casser les dents!

 

Comment font-ils pour se repérer dans l’espace?  Que regarde-t-ils lorsqu’ils ne regardent rien, ni personne ? Comment diable font-ils tous pour dénicher ces accoutrements fantasques et piteusement chics ? Du grand art!

 

Inspiration profonde, deux mantras, contact philosophique avec Buddha. Go !

Tu fouilles avec ardeur entre les cardigans gommés, les cordes du roi déchus, les carreautés inadéquats, et les cols roulés…perplexes. Trois éternuements vintages plus tard,  tu te butes sur un bout de tissus coincé. Tu te penches avec la grâce de Bernadette pour analyser la trouvaille.

 

T’as mis la main sur un truc à faire chavirer un pêcheur. Un one piece bleu marine !  Je répète : un one piecebleu marine ! Tu te rues, mais avec retenue pour aller essayer l’oeuvre.

Ton cœur ne bat pas, il pump up the jam !

Enfin la cabine ! Composée d’une vieille couverte de velours qui laisse dégager une poussière épaisse au moindre mouvement. Évidemment, le rideau de velours ferme mal.  (T’sais, tant qu’à en faire un, le tailler, le coudre, pis toute, pis toute, aussi bien le faire deux pouces trop petit.) Tu te sors la tête nerveusement et regardes de gauche à droite pour voir si t’es seule. Et ça y est…

À poil !

C’est le cas de le dire, ton oeil à tout juste le temps de voir la couche velue qui recouvre tes tibias disgracieux. T’enfiles énergiquement le one piece un peu crasseux, voire moite. T’ajustes tes montures noires de Mouskouri. Ton égo bat la chamade (en fait : ton égo crisse une hostie de volée à la chamade). Voilà ! Le look tant recherché.

 

Tu te félicites, tu te remets deux trophées. Un morceau d’anthologie oublié de tous.

Bravo championne, les autres sont tous des cons.

Présidente du Mile-End? Oui je le veux.

 

Tu veux en voir plus de ce corps admirablement vêtu, mais évidemment le miroir se trouve de l’autre côté du rideau Louis X, V,  chose. Tu te glisses doucement hors de la cabine et te plantes en face du miroir embué. De haut en bas, de bas en haut, c’est la perfection. Jean-Paul Gaultier en personne, dans ses meilleures années,  aurait pu tailler ze one piece.

 

Ça y est. Tu oublies tout ! Tu rêves…

Extérieur/Jour/Pique-nique électronique

Prise un.

Tu marches tout simplement dans ton one piece. Regard feutré. Une boule de feu s’élève, la musique augmente, les autres souffrent, un écureuil crache du sang. Tout le monde se dématérialise.

Coupé !

 

Ton visage rayonne ! Ton sourire éclate au grand jour. Mais soudain, déclic dans ta tête. Une fraction de seconde, quelque chose d’anormal.

Ordinateur interne : erreur non identifiable. Code inconnu.

Panoramique du magasin.

Steinbeu! (Jamais réutilisé depuis Jamais deux sans toi)

 

Six hipsters te regardent estomaqués. Pourraient gober des mouches, voire des colibris. Premier feeling : l’envoûtement du one piece est déjà commencé. Mais la dureté de la vie te ramène à l’ordre rapidement. Douleur ! Entrailles ! Hymen ? Tu as failli à la règle numéro un sur la planète de tes fantasmes. Ton sourire, ton magnifique et grand sourire. Ils l’ont repéré ! Tout le monde sait que sur la planète Hipster les humains n’ont pas de dents. Regards accusateurs. Ils te blessent et te fixent jusqu’à épuisement des stocks.

Le follow spot te brûle la cervelle.

 

Honteuse, tu enlèves le one shit et remets ton jeans délavé. Visage cramoisi et coton ouaté mou. Tes lunettes noires ont presque disparu dans tes orbites malheureuses. Tu prends ta désillusionet la roules en boule. La planque sous le rack maudit en prenant bien soin de la coincer au fond.

Vite la sortie de secours. En entendant la petite clochette tinter, tu t’introspectes.

Comment, mais comment, as-tu pu être si amateur?

Aweille Lola, RUN !

 

 

© 2017 Marie-Eve Larivière


 

 

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