Pas assez dormi

6h15 am. Mal dormi. T’as la face d’une fille qui aurait géré quatre enfants quadraplégiques en gastro toute la nuit. Direction cafetière. Un lien va bientôt s’établir entre tes neurones à l’état d’amibe. Fuck ! Pu de lait, de vache, de soja, de riz, d’amandes! Pu de crème ! Pu de fun ! Ce sera noir comme ta joie. Du retard. Sprint à la salle de bain. Verres de contact pulvérisés dans chaque œil, le zona serait moins brutal. Tout en brossant tes dents, tu cherches tes précieux. Lunettes fumées de marque, sac à main griffée, sandales idem. J’aurais pu tout aussi bien dire escarpins mais je n’aime pas les mots qui finissent en scarpin. Tu sors en trombe avec ton breuvage fumant. Tu plonges dan

Pas assez hypster

Friperie un peu crado. Les néons te donnent un air blafard. Cernes de chaise de dentiste. Déambulant entre les présentoirs de guenilles, frôlant les vêtements du bout des doigts, tu tentes d’oublier la couche de crasse. C’est la saleté de ces saletés de fringues qui te colle à la peau. Une dépendance affective sous les ongles. Pourtant, au centre de cet amas de couleurs terres parsemées de glitter, tu te sens bien. Pas bien comme dans : tu sors de ton massage mensuel ou de ton facial annuel. Bien comme dans le vagin de ta mère, mais avec des posters de Bowie. La musique crachée par le grattement cahoteux d’une aiguille usée sur le vieux vinyle des Ramones te transporte. Les lattes du planch

Ah l'été!

On t’attend des mois durant On se les gèle en t’espérant Te voilà enfin Pis on chiale Contre les maniaques à la chainsaw sur le bord du lac Ceux qui se mettent un cadran avant les corneilles pour couper du bois Entendre l’écho du doux moteur à la brunante Se réveiller en rêvant que Jason nous découpe dans une chaloupe Il y a les ambitieux qui veulent faire pousser l’asphalte De la fraîcheur en continu qui chasse les impuretés De l’eau bénissant les driveways de mangeux de mou Pis il y a ceux qui crament leur BBQ à perpète mangeant du steak à toute heure de la journée Des carnivores, incendiaires cancérigènes, sans gène Il y a le gentleman Le voisin qui ne supporte pas que ta visite du samedi

Le printemps

Avoir du mal à se décider Se sentir congelé Walt Disney Après des mois en flanelle sur Netflix À engouffrer des jujubes pis des chips Poignées d’amour de février Jeans serrés, ventre rentré, ballonné Il neige sur nos têtes Cuir chevelu en miettes Selfies au teint verdâtre Jambes drues Des orteils aux phalanges sec comme la paille frette comme le cul d’une nonne Pourtant, un désir enfoui de revivre Accéder au Nirvana Come as you are… Qu’elle t’a dit pour t’inviter Avoir du mal à se décider… Sortir son courage, pogné kekpar entre ses pneus d’été pis Gaspé Texter : OK Plusse une main avec le pouce en l’air Ça fait penser à une graine J’ai pas fini ma phrase… une graine qui pousse sous la slush

"L'évite" pas trop vite

Bravo Je suis bonne Je prends soin de moi C’est bien ça C’est drôle Tout rouge derrière mes paupières Plein de ti picots rouges Ouch! Trop assise sur mes esquillons Esquillons… Un mot que j’ai appris tard dans la vie Où donc ? Reviens parmi nous Bon, respire Comment donc? Ma respiration… Concentre-toi là-dessus Pense à rien C’est-tu trop tendu ça? Donne-toi une chance Tu viens de commencer Vide Fais le vide Laisse entrer la lumière Qu’ils disent Les experts bien-êtreux Me semble que c’est pas chaud pour avril? Respire Bon J’entre dans mon corps Fait du bien Coudonc j’étais où avant ça? Je suis ben poche La planète est groundée sauf moi? Stop Arrête de juger Fais le vide Laisse aller les pens

Pas assez lover

Juste parce que tu manquais de tampons… T’as sniké les soldes dans la section make up. T’as pris une boite de condoms. T’as bavé dans l’allée du chocolat. Et tu les as vus… Les deux couleurs juxtaposées. Celles qui te rappellent d’aimer. Le rouge et le rose, ridiculement inséparables. Pas comme toi pis Francis. Ton souffle se bloque comme le Bloc. Les murs de la Pharmachie sont tapissés d’amour. Et toi, de « pourquoi » ? C’est quoi l’amour ? Flash-back du primaire : Tout le monde dessine passionnément sur du papier construc. Tout le monde a un prospect à qui pitcher son love en forme de cœur. Flash-back du secondaire : Tout le monde drop des cartes niaiseuses dans une boite postale au bout d

Pas assez maternelle

As-tu fait des barres tendres aux graines de pavot ? As-tu reproduit une œuvre de Miro en crudités? As-tu manqué d’air en dessous d’une couverture ? As-tu désinfecté la toilette après la visite ? As-tu déjà désinfecté à l’eau de javel, à minuit ? As-tu relu avec fougue, l’histoire du *&$#*#* !!! de panda? As-tu toujours du ti jus en boite dans le frigo ? As-tu été chez l’ostéo, le physio pis le chiro ? As-tu martyrisé ton corps à brosser ses dents ? Es-tu devenu cyclope à domper de l’eau saline dans ses petites narines ? As-tu marché sur un bonhomme dur en allant te coucher ? Te lèves-tu plus souvent la nuit que le jour ? As-tu des interurbains en Inde sur ton compte de téléphone ? As-tu des

Pas assez positive

Chaque seconde, il y a une ombre noire qui grandit en toi. Quand tout devient gris, on ne voit plus l’ombre, on ne voit plus rien. On devient noire. Oui madame, oui monsieur, oui patron ! Pardon, excusez, merci. C’est t’y correct, c’est t’y assez ? T’es écoeurée. Tu feel pas. Étourdie, buzzée par les heures, les chiffres, les horaires, les objectifs, de qui, de quoi ? Le temps file, tu feel pas. Non ! Tiens bon ! Il faut. Bien paraître, sourire, être gagnante. Dresse tes épaules, dresse-toi, dresse ton chien. Mords pas. Un beau tas de marde avec du crémage dessus. Il faut. Être immaculée. Dents blanches, toutes propres, bons mots, bon poids, résultats, pression, dépression. Non, pas ce mot-l

Pas assez généreuse

Pas assez…généreuse. C’est bientôt Noël. T’es excitée comme un ado devant une craque. Ou un douche dans un garage. T’as pensé à tout. Cette année est la bonne. T’as pris congé pour acheter des décos à rabais, fausse labyrinthite. T’as utilisé tes dimanches d’automne à tester des plats au lieu d’aller aux pommes. T’as écouté tous les classiques de Noël en tricotant des bas. T’as fait sécher des branches de conifères partout. Tu les as glitterisés, t’as pailleté des boules, ajouté tout ce qui se vend dans la rangée homemade du magasin une piasse. T’as fait congeler des chaudières de glaces pour faire une allée en sculpture de lumières. Ton sapin NATUREL triomphe. Tellement chargé qui donne le

Pas assez zen

T’sais… Quand TOU-TE te tape sur les nerfs ? Période mensuelle, juste pour toi. T’es une Ève. Maudite chanceuse. Sept jours de sang où tu te sens plus. T’auras peut-être jamais d’morveux. On est tu vraiment obligée de se taper ça? Bout à bout, six ans de notre vie, le monstru nous envahit. Évidemment, toujours en même temps que ton souper de filles. Ça te prendrait un ti-kit neuf pour te remonter. T’as rien à mettre, à part ton air de bœuf. Ton maquillage a l’air de te ‘’breaker’’ dans face. Ton fard à joues s’applique pour plaquer. Tes cheveux mous sont suicidaires. Surtout pas que ta mère appelle. Ni que ton chum te contredise. Mal de ventre, mal au crâne, mal à l’âme. Tu coules, te liquéf

Pas assez sauvage

Pousse fort sur le coffre de la voiture. Pousse encore. Ça y est ! Tout est rentré. Pas de cadavres, ni de sacs de magasinages ou de boites d’Ikéa. Non, juste le stock de camping. Même des TicTac entreraient plus. Une seule nuit dans une tente avec l’autre. T’as tout pour survivre à une attaque de zombies ou un tsunami. Parce qu’au Québec, fait pas toujours beau. Faut prévoir. La route est longue et cahoteuse. Des cratères dignes de Bagdad parsèment le bitume. Deux sacs de Doritos et douze guimauves plus tard, enfin arrivés. Ton coeur salue tes lèvres au passage. Allo la nausée. Trouver le bon spot est un art qu’on oublie au rythme du temps. Une fois au cinq ans étant pas mal le rythme en q

Pas assez saoule

T’es dans un line-up pour le très chic bar machin chose. Cote du bar selon le très branché blog machin truc : 10/10 Longueur de la file d’attente : 25 à 45 minutes Grosseur du portier: 285 livres Envie : De passer devant tous ces machins chouettes. On a beau être en mai, il y a une petite draft frette pas confortable. Les épaules par en dedans, tu te frottes les cuisses ensemble. On jurerait que t’as des parasites. Tes cheveux au vent te collent dans le gloss. Petites lignes rouges sur tes joues. Le mascara veut te baver. Tu tentes de tenir ta jupe pour pas faire d’heureux. Tes mains sont pleines comme la lune. Cell, cappuccino glacé et sac à main. Strict nécessaire à la survie. La musique

Pas assez bilingue

Oh YES ! Deux mots. C’est deux mots là sont sûrement les premiers du genre que t’as entendus. Oh YES ! T’as appris très vite à les dire. En jouant au ballon chasseur avec tes Stan Smith verts et blancs. Quand le ballon tapait dans la face de Steve ou bumpait les jambes poquées de Mélanie. Oh YES ! Oh Yes ! La puck est entrée dans l’net. Tu me prêtes ton bigweel ? Oh Yes ! Oh Yes ! Ils ont de la slush mauve. Oh Yes Back to the future III est sorti! Des mots rassemblés qui sonnent drôles pour désigner le film avec Marty Mcfly. Oh YES ! Les cités d’or commencent ! Oh YES une joke de Bazooka Joe que je comprends pis que j’ai jamais lue. Pis peu à peu, il y eu d’autres mots comme ça : toaster, tr

Pas assez maigre

T’entres au gym, t’es déjà essoufflée. Pas parce que t’as un cardio de bouette. Non. Tu veux tellement maigrir que tu t’entraines avant de t’entrainer. Bon, une tite gorgée d’eau tiède, tour rapide au vestiaire. Deux trois boules à l’air plus tard, tu sors et arrive nez à nez avec ton coach. Celui qui sort tout droit d’un film avec Stallone du temps qu’il n’était pas décomposé. Il est kitch, il cale, il a mauvaise haleine, il se prend pour un Dieu. Pas Dieu comme dans le sens : aimez vous les uns les autres. Dieu comme dans : moi j’ai des muscles surnaturels et une absence inquiétante de matière grasse qu’aucun humanoïde ne peut reproduire à moins d’y consacrer son existence entière. Longue

Pas assez belle

Miroir miroir, dis-moi qui est la plus belle ? T’es cute, ça, c’est sur! En fait, quand tu étais petite, t’étais même super cute ! Tes parents te le disaient aussi souvent que tu touches ton cell dans une journée. La plus belle du monde ! Rien de moins. Le mot BELLE, tu te le faisais garrocher à pleine gueule du matin au soir. En te levant dans ton ti pyzama de flanallette rose, avec des manches en froufrous. Avec ta moustache de verre de lait, pis tes petites dents écartées. Avec ton haleine de ciboulette pis tes Kickers bruns. Quand tu mettais ton poncho en laine pour attendre l’autobus les rubans au vent et le coeur léger. Sans que tu te doutes que la petite fille qui attendait de l’autre

Sans prétention
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©Marie-Eve Larivière